De la mondialisation à
l'universalisation :
une ambition sociale

On ne présente plus le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce. Ce fut l'un de mes premiers entretiens dans le cadre de la mission. Avec Pascal Lamy, nous avons mené des échanges très précis sur les voies à envisager pour sortir du déséquilibre en cours. Je réalise alors que la solution est avant tout politique. Il faut mettre fin à l'hémiplégie actuelle de la mondialisation qui ne connaît que les règles commerciales.

...un entretien très chaleureux. Le directeur général chilien de l'Organisation internationale du travail fait prendre à l'OIT la mesure de la mondialisation en défendant toujours et partout le travail décent. Un homme dont la sérénité ne limite pas la détermination. Peut-être cela explique-t-il que nous nous retrouvions avec autant d'enthousiasme.

...à mille lieux des broutilles partisanes. Dominique Strauss Kahn me reçoit avec beaucoup d'attention dans son bureau du Fonds monétaire international à New York. Avec lui, le FMI a ouvert les yeux sur d'autres aspects que les ratios de rentabilité. Quoi qu'on en dise, il y a vraiment une réflexion française sur la mondialisation.

Une simplicité et une cordialité qui n'empêchent ni l'enthousiasme ni l'ambition. Avec Muhammad Yunus on voit que le monde de demain peut s'inventer autrement que dans la fragmentation, l'injustice et la grande pauvreté.
| Plus de 3000 usines de textile au Bangladesh contribuent à habiller le monde entier. Le salaire minimum dans le pays a été multiplié par deux le 1er novembre 2010. Il est passé d’environ 15 euros à 30 euros par mois... | Bogra, Bangladesh. Le social business Grameen-Danone permet de fabriquer et de vendre des yaourts aux plus pauvres en achetant quotidiennement le lait des petits producteurs de la région. | |
Rencontre avec Bertrand Badie, un expert en relations internationales et en sciences politiques. Il m'explique que l'enjeu principal est la reconstruction de l'universel par l'inclusion. Une autre façon de dire que la globalisation casse à la fois le particulier et l'universel...
Au cours d'un échange avec le philosophe et théologien Bertrand Vergely, celui-ci me cite cette phrase du philosophe Alain : «il faut nous aider les uns les autres à vivre ». Le penseur radical avait tout compris des enjeux de la modernité ! Comment ne pas y voir un écho à notre proposition de principe de commune humanité développé dans notre rapport intermédiaire ?
Avec l'historien et philosophe Marcel Gauchet, je me souviens d'un entretien qui prend de la hauteur... Il souligne la nécessité de retourner à un fonctionnement politique, fait de compromis politique, et d'abandonner les rêves d'un pilotage technocratique...
Rencontre, aussi, avec Alain Caillé. Celui que l'on surnomme le "pape de la gratuité" est un penseur qui sait faire partager ses convictions. Il cite Marcel Mauss et Karl Polaniy qui expliquent que la marchandisation des sociétés fragilise "le roc des valeurs éternelles"... Je prends conscience que nous sommes au bord du gouffre mais que nous pouvons être clairvoyants.
Avec Matthieu Ricard, le dialogue oscille entre rigueur scientifique et sagesse contemplative... Belle rencontre avec ce pur produit de l'intelligence française qui cherche la vérité en empruntant d'autres voies...
Avec Jean-Christophe Fromentin... j'ai toujours apprécié le courage de celui qui va seul au combat... Chez lui, je découvre maintenant le chef d'entreprise convaincu que la mondialisation impose de retrouver ce qui fait nos valeurs, nos traditions et nos atouts qui nous différencient les uns des autres... L'heure de l'uniformisation est dépassée...
Avec un Professeur de l'Institut de Sciences Politiques de Paris, je manque de tomber de ma chaise... Je lui demande ce qu'il attend du Président du G20... Sa réponse est sans appel: "qu'il dise : toi qui meurt au Sahel sans un regard, je suis ton frère!" Au delà des monnaies et des finances, il y a une urgence humaine.
Avec Joseph Thouvenel, le vice-président de la CFTC... Il m'explique la nécessité de la traçabilité des normes sociales: et si, avant Noël, ont labélisait les jouets qui ne proviennent pas du travail des enfants ?
Avec un PDG français de multinationale, je mesure que certains agissent comme des cow-boys : si le Bangladesh augmente son coût du travail, on délocalisera en Indonésie... Ce type de rencontre rendrait gauchiste 90% des parlementaires français... La course au moins disant-social doit être stoppée.
Discussion avec un spécialiste en gouvernance d'entreprises: il faudrait revenir à la définition que Robertson donnait des actionnaires en 1936 : "celui qui prend des décisions est celui qui reçoit les conséquences de ses décisions"... Les dividendes ne viennent pas rémunérer l'apport de fonds, ils viennent payer la responsabilité. Nuance un peu oubliée...
Jean-Marie Le Pen : j'ai tenu à le voir car il préside un parti politique qui pèse en France. Je suis surprise par l'écart entre la cordialité des propos et les limites de son raisonnement. Je ne comprends pas que l'on puisse dire que la mondialisation n'est pas inéluctable... Même si je suis par contre convaincue de la nécessite de la transformer profondément. Et puis pourquoi cette focalisation sur le tandem mondialisation = migrations alors que les actions de développement sont, sur le fond, les vraies réponses aux vagues d'immigration?
La mission va se poursuivre tout au long de la présidence française du G20. Elle va s'articuler autour de quatre niveaux :
L'ensemble de nos interlocuteurs s'est montré extrêmement intéressé par cette mission en cours. Il y a une attente très forte liée à l'importance du sujet et à la confiance envers la France sur ce sujet.