De la mondialisation à
l'universalisation :
une ambition sociale
La première phase de la mission confiée par le Président de la République à Christine Boutin, sur la dimension sociale dans la mondialisation, vient de s’achever. Un rapport intermédiaire ponctue cette toute première étape. Il est émaillé de 17 propositions, toutes situées sur des lignes de fractures. 17 façons permettant de rompre avec des fonctionnements en cours pour en proposer de nouveaux.
17 points de rupture, donc.
Ces 17 propositions exigeront des négociations mais ne seront pas si difficiles à mettre en œuvre. Elles peuvent contribuer à faire de la présidence française du G20 (novembre 2010-novembre 2011) un moment politique fort.
En toile de fonds, le maigre bilan du dernier sommet du G20 à Séoul en novembre 2010. Et la méfiance avérée des Français envers le processus de mondialisation.
Après le sommet de Toronto en juin 2010, celui de Séoul questionne de façon encore plus insistante les capacités d’avancées politiques dans le cadre du G20.
La presse s’est largement fait l’écho des doutes résultant des conclusions du sommet de Séoul: pour certains, Séoul et Toronto montrent bien que les sommets du G20 ont moins de pertinence lorsqu’ils se tiennent en dehors des périodes de crise (le G20 rassemble les chefs d’Etats depuis la dernière crise financière). D’autres annoncent les prémices d’un G2, autrement dit un face-à-face entre la Chine et les Etats-Unis… qui évincerait la France et l’Europe...
D’un côté, on voit se multiplier les appels au protectionnisme ou à la « démondialisation », en contradiction directe avec les décisions du G20. De l’autre, on remarque une incapacité à proposer une vision autre que la poursuite d’une globalisation dérégulée, que l’on peut percevoir, à juste titre, comme une fuite en avant.
Au sein de l’Union Européenne, les Français restent les plus méfiants à l’égard de la mondialisation1.
Pour 70% d’entre eux, la mondialisation est perçue avant tout comme une menace pour l’emploi et les entreprises en France (contre 42% au niveau de l’UE27), plutôt que comme une opportunité pour les entreprises grâce à l’ouverture des marchés (23%, 43% dans l'UE27).
Pour les Français, la mondialisation a des effets néfastes du point de vue économique et social :
1 : Selon la dernière enquête parue sur ce sujet : Eurostat (n°72 automne 2009). En ligne sur :
http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/eb/eb72/eb72_fr_fr_nat.pdf
| Propositions du rapport intermédiaire | Points de rupture de l’opinion | |
| La nécessité de passer de globalisation à universalisation | Refus de l’uniformisation | |
| L’affirmation du principe de commune humanité | Le refus d’une globalisation inhumaine | |
| La reconnaissance de la nécessité dans chaque pays d’un minimum vital et d’un débat sur la limitation des écarts de richesse | Réponse aux sentiments d’injustice sociale | |
| La définition d’un « axe de convergence » pour les institutions internationales | La fin de la prétention des institutions internationales à imposer des solutions drastiques | |
| L’élévation du travail décent au rang de bien public mondial | La fin de la domination de la finance sur les règles du travail | |
| La prise en compte du travail décent dans les règles du commerce mondial | La fin de la toute puissance exclusive de l’OMC | |
| Le renforcement des accords cadres internationaux | Lutter contre le moins disant social | |
| Le conditionnement des stock-options à des objectifs sociaux | La sortie des logiques de court terme et des rémunérations déconnectées de la crise | |
| La nouvelle définition de l’entreprise intégrant toutes les parties prenantes | La fin de la domination sans contrôle des multinationales | |
| Expérimenter la traçabilité du respect des droits fondamentaux dans la chaîne de production | Lutter contre la concurrence du travail informel | |
| La création d’un fonds pour financer le social business | La fin de la pression sur la rentabilité de 15% | |
| Le passage du G20 au G25 | La fin d’une aristocratie mondiale basée sur le PIB | |
| Le retour de la primauté du politique dans les institutions internationales | La fin de la technocratie mondiale |